lundi 28 juin 2010

L'avenir des réseaux sociaux, intervention à l'Institut Diderot

Compte rendu du "Dialogue du matin" de l'Institut Diderot sur "L’avenir des réseaux sociaux" (22 juin 2010) par le Dr. Pablo Argon, Manager "Group Program" de la division "Entertainment and Devices de Microsoft" (Redmond, USA).

L’Institut Diderot est un institut français créé début 2009 qui participe au débat public au moyen de diverses interventions et publications. Il a, d’après sa propre Charte, pour triple objectif de :
  • «Rapprocher dans une démarche prospective commune les deux mondes de la recherche - sciences de la nature et sciences de l’homme - du monde économique.
  • Contribuer à libérer la réflexion sur la société des partis pris idéologiques périmés qui pèsent encore sur elle.
  • Agir à l’échelle internationale pour la diffusion du concept et des valeurs réactualisées de l’économie sociale. »
Avant tout, Pablo Argon nous a communiqué sa définition des réseaux sociaux. Il s’agit d"’un service en ligne permettant de publier publiquement un profil, de définir une liste d’utilisateurs étant le réseau, et de parcourir cette liste pour visualiser les connexions de mes connexions".

Pablo Argon fait remonter l’histoire des réseaux sociaux à 1987. D’autres développements ont suivi en 2000 et 2002, puis en 2003 c’est l’avènement de MySpace et en 2004 de Facebook qui compte aujourd’hui 400 millions d’utilisateurs (ndlr: profils créés en comptant les doublons et les comptes non utilisés) dans le monde. Ce réseau pose en outre les problèmes de confidentialité que nous lui connaissons, notamment au travers des applications qui captent et exploitent certaines de nos informations (photos, lieux…). Aujourd’hui nous ne pouvons que constater un usage intensif des moyens numériques, en particulier par les natifs numériques des années 80 et 90.

Se pose alors la question suivante : qu’est-ce qui motive les utilisateurs à partager un tel volume de données ? En réalité nombres d’utilisateurs ne conçoivent pas les risques liés à cette surexposition numérique. Les bénéfices de cette utilisation semblent être d’exprimer son identité et de se mettre en avant. Pablo Argon parle de "hearding behaviour" : le fait d’appartenir à un réseau social nous oblige à y participer pour affirmer notre identité dans ce milieu social.

Mais ne nous y trompons pas, l’utilisation des réseaux sociaux peut aboutir à des conséquences très concrètes telles que des arrestations ou des licenciements. Les risques directs commencent à être de plus en plus pris en compte.

D’un point de vue philosophique, bien souvent, le discours relatif à la vie privée illustre la crainte de la surveillance. Mais cette philosophie du « je n’ai rien à cacher ; et si j’ai quelque chose à cacher c’est quelque chose de mal » trouve rapidement ses limites. En effet la "trainée digitale " que nous laissons derrière nous dans les messages, les photos, etc., représente autant de données pouvant êtres stockées et annexées par des tiers et utilisées à notre insu. Il s’agit là de données dispersées qui échappent à la surveillance de la CNIL pour la France.
Ces réseaux sociaux permettent d’explorer des formes de relations nouvelles (il est par exemple possible de changer son genre ou d’avoir des avatars dans des mondes virtuels). C’est là le paradoxe de l’identité digitale: nous pouvons inventer autant d’identités que nous le souhaitons, mais nous nous retrouvons piégés par l’histoire de ces identités que nous nous sommes créés puisque tout est gardé sur le net.

Concernant les relations entre entreprise et web 2.0, Pablo Argon rappelle qu’il existe un clivage entre les relations sociales et marchandes: chacune de ses relations constitue un mode particulier obéissant à des règles différentes. Le mélange de ces groupes de règles crée selon lui de la confusion et peut aboutir à l’effet inverse recherché. Ainsi les entreprises présentent sur les réseaux sociaux prennent le risque de se voir reprocher cette existence sociale. Personnellement, et sans avoir la prétention de remettre en question le point de vue de l’intervenant, je pense que pour certaines entreprises la présence sur les réseaux sociaux devient nécessaire et constitue un avantage plus qu’un handicap. C’est notamment le cas pour les entreprises visant un public jeune. En outre, nous observons ces dernières années le développement de la présence d’entreprises du secteur du luxe, sur Internet en général, et sur les réseaux sociaux en particulier ; il est désormais fréquent pour ces entreprises d’avoir une page Facebook a minima

Pour conclure, Pablo Argon a partagé avec nous ces incertitudes pour le futur. Il est probable qu'à l'avenir nous aurons tous des terminaux portables nous permettant d’être continuellement connectés. De même, il semble que nous allions vers un métissage entre réseaux sociaux et réalité virtuelle. Second Life peut ainsi permettre aux entreprises de faire leurs réunions sans se déplacer ; il existe également des sites de rencontres virtuels ; et les serious games peuvent participer à l’apprentissage. Enfin, l’intervenant a évoqué la possible émergence d’alternatives aux réseaux sociaux centralisés, avec par exemple "Disapora" qui est un projet open source pour mener l’identité numérique de manière plus sure sans stockage des données. Pour autant, dès lors que les données deviennent publiques, elles pourront toujours être captées et pérennisées par des tiers.

L'enregistrement audio complet de ce Dialogue est disponible ici, sur le site de l'Institut Diderot.

Aline GOLETTO-DIDIER

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